22 octobre 2006

Nucléarisation

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Ces derniers mois, nous avons vécu des moments plutôt agités sur la scène internationale. La Corée du Nord et l'Iran n'ont eu de cesse de développer au mieux leur programme nucléaire. Ces deux Etats ont une histoire leur étant propre et ils sont situés dans des régions différentes. Les raisons les poussant à tendre vers la maîtrise de la technologie nucléaire ne sont fondamentalement pas les même, malgré certaines similitudes.

La Corée du Nord

La course au nucléaire a toujours été une constante dans l'histoire nord-coréenne. En 1945 (fin de la Seconde Guerre mondiale), la Corée n'est plus sous le joug du Japon. Elle est occupée et elle est partagée entre deux alliés, le Nord pour l'URSS, le Sud pour les USA. En 1948, les deux Etats sont indépendants, le premier est communiste, le second reste proche des Etats-Unis. Une relation pacifique s'installe entre les deux pays jusqu'en 1950, lorsque la Corée du Nord envahit son voisin. Il s'en suit la Guerre de Corée entre 1950 et 1953, au cours de laquelle la Communauté internationale intervient via un contingent majoritairement composé de soldats américains et dirigé par le général Mac Arthur. En 1958, afin de dissuader les nord-coréens d'une nouvelle invasion, les Etats-Unis décident de placer des armes nucléaires sur le territoire sud-coréen. Ces armes ont été retirées en 1991. Donc, c'est à la seconde partie des années 50 que l'obsession du nucléaire "se cristallise" dans la conscience des dirigeants nord-coréens. Entre cette période et la chute de l'URSS, les soviétiques vont aider la Corée du Nord à développer son programme nucléaire. La Corée du Nord ratifie en 1985 le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP). Malgré cela, durant les années 80, cet Etat entreprend avec succès la construction d'un réacteur nucléaire (opérationnel en 1986) produisant du plutonium. En 1989, la Corée du Nord détient une quantité de plutonium suffisante pour créer 2 bombes nucléaires.

Ce n'est qu'en 1992 que l'AIEA découvre que le gouvernement nord-coréen viole le TNP. De facto, en 1993, la Corée du Nord (consciente de son potentiel) annonce son désir de se retirer du TNP. Suite à cela, l'administration Clinton tente de calmer les ardeurs nord-coréennes. Le 21 octobre 1994, les deux parties signent à Genève un accord par lequel la Corée du Nord s'engage à geler son programme nucléaire contre la promesse américaine de doter cet Etat de 2 centrales électro-nucléaires à eau légère (à usage strictement civil) ainsi que la livraison gratuite de pétrole (500.000 tonnes par an). Cela semble augurer la bonne volonté du gouvernement nord-coréen de faire descendre de manière significative la tension diplomatique dans la région. Mais, on ne l'apprendra qu'en 2004, le Pakistan apporte son savoir faire au programme nucléaire nord-coréen. Dès 1995, le directeur du programme atomique pakistanais et créateur de la bombe pakistanaise Abdul Qadeer Khan vendait de la technologie nucléaire à la Corée du Nord, via son laboratoire semi-privé la KHL. Cela dit, les Etats-Unis tardent à remplir leurs promesses. Les républicains majoritaires au Congrès ont freiné des quatre fers l'application de l'accord. Les républicains considéraient déjà l'Etat nord-coréen comme un Etat parrain du terrorisme. Ceux-ci prônaient une politique visant à faire tomber Pyongyang.

En janvier 2002, sous l'inspiration de son ancien rédacteur de discours David Furm, George W. Bush désigne la Corée du Nord, l'Iran et l'Irak comme constituants de l'Axe du Mal ("Etats-voyous" soutenant le terrorisme et possédant ou tentant de posséder des armes de destructions massives). En octobre de la même année, l'administration Bush se fait plus précise en accusant Corée du Nord de développer un programme d'enrichissement d'uranium.

Le 8 octobre de cette année, la Corée du Nord procédait à son premier essaie nucléaire. Le 14 du même mois, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté à l'unanimité, contre ce pays, la résolution 1718, visant principalement à empêcher Pyongyang, à court terme, d'acheter ou de transférer des matériaux nécessaires à la création de la bombe atomique.

Pourquoi la Corée du Nord veut maîtriser la technologie nucléaire militaire ? (1°) Elle la considère comme un instrument de dissuasion contre tout pays (Etats-Unis en tête) qui pourrait être tenté de mener une offensive contre elle. (2°) A moyen terme, elle peut constituer un instrument de négociation en vue d'obtenir une relative légitimité internationale (en n'étant plus considéré comme un Etat-voyou) et (éventuellement) une plus considérable aide internationale; la Corée du Nord étant frappée par une famine récurrente s'expliquant en grande partie par l'adoption d'un modèle économique quasi autarcique de sa création à 2002, année de son ouverture au marché via la libéralisation. (3°)Elle pourrait également permettre de lever les sanctions financières américaines pesant sur elle, sur les présomptions "d'Etat faux monnayeur" pesant sur elle. Selon l'administration Bush, ce serait des centaines de millions de dollars que la Corée du Nord écoulerait via la  Banco Delta Asia et la Banque de Chine. Ces présomptions n'ont jamais été prouvées à 100% par Interpol et les experts en faux monnayage. Le meilleur scénario pour la Corée serait d'obtenir un "big deal" prévoyany la fin du nucléaire contre le financement d'un développement humanitaire, économique et technologique lui permettant de rattraper son retard sur ses principaux voisins. A défaut, on risquerait de voir apparaître des situations difficilement gérables. L'une des plus mauvaises étant la vente de leur savoir-faire à d'autres Etats, telle que la Syrie, en quête de respectabilité internationale .

Et l'Iran ?

L'iran a une "manche de retard" par rapport aux nord-coréens. Il a également bénéficié des tuyaux du réseau d'Abdul Qadeer Khan (notamment les plans des centrifugeuses P1 et P2). Selon les experts, avec des centrifugeuses P1, l'Iran disposerait de la bombe atomique au plus tôt en 2008, au plus tard en 2016. Avec des centrifugeuses P2, il l'obtiendrait l'an prochain. Dans le cas où cela se concrétiserait, les sanctions économiques ne seraient guère évidentes à adopter, l'Iran étant le second producteur mondial de pétrole et disposant de la seconde réserve de gaz naturel, il pourrait répliquer par une arrêt de l'exportation de son or noir, ce qui augmenterait le prix du baril de 15 à 20 $. L'Iran aspire à être considéré, via la possession de la bombe, comme la première puissance du Moyen-Orient.

Quel avenir ?

La théorie de l'Axe du mal est un fiasco quasi absolu pour les Etats-Unis. Elle a engendré des situations plus incontrôlables que jamais. C'est tout le contraire que l'administration espérait. L'Irak est au bord de la guerre civile, la Corée du Nord dispose de la bombe, l'Iran semble ne pas plier aux exigences américaines. Au risque de connaître un monde de plus en plus incertain tendant vers un avenir sombre, les USA et la Communauté internationale se doivent de multiplier les phases de dialogues en vue d'obtenir le meilleur "deal" possible, malgré le fait qu'ils aient à traiter avec des régimes bafouant les droits de l'homme.

Posté par yves2 à 22:41 - - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur Nucléarisation

    Voilà une analyse claire et documentée qui rompt avec la vision manichéenne qu'on nous sert dans les médias. Que de temps passé à rédiger un article comme celui-ci. Bravo.

    Posté par emmapeel, 25 octobre 2006 à 21:35 | | Répondre
  • C'est trop d'honneur, merci.

    J'essayerai d'aussi bien m'appliquer quand je traiterai de l'environnement dimanche.

    Au fait, plus largrement, que pensent ceux qui ont lu ce message à propos de la situation provoquée par la Corée du Nord ?

    Posté par Yv, 25 octobre 2006 à 22:16 | | Répondre
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