17 novembre 2006
La Gauche (1) : Ségolène
Je l'annonçais avec presque deux mois d'avance, Ségolène Royal ou le rouleau compresseur, la machine à gagner l'a largement emporté.
Il ne suffisait qu'à lire entre les lignes des sondages. Dans le noyau dur des sympathisants socialistes, elle faisait un carton. Si cela n'était pas un signe fort (!) qu'était-ce donc ?
Quels ont été ses avantages par rapport à ses (ex-)concurrents ? D'abord, je le déplore un peu mais sa stratégie s'est avérée payante, il y a sa capacité à porter de nouveaux sujets dans le débat politique à gauche quitte à recourir, parfois à en abuser, à la triangulation. Elle était (et elle reste) l'image de la victoire de la gauche par rapport à la droite suite aux élections régionales de 2004. De près ou de loin, elle n'a jamais été mêlée à une affaire judiciaire (contrairement à DSK et Fabius, qui certes ont été blanchi). Dans son franc-parler, elle est la plus concrète des trois, étrange pour une élève de l'ENA. Elle a privilégié le propos pratique et proche du plus grand nombre de son audience plutôt que le théorique. Elle était en politique depuis longtemps, d'abord dans l'ombre, ensuite via une expérience ministérielle. En deux ans, elle a réussi à capitaliser une image de fraîcheur, de nouveauté. Ségolène Royal est un peu apparue aux yeux des socialistes, après le départ de Jospin il y a cinq ans, à la fois comme la "vierge Marie" des socialistes et la femme salvatrice de la gauche face à la droite. Car ce qui a également pesé dans le vote des militants socialistes, c'est cette envie presque obsessionnelle chez certains de dépasser par la victoire le traumatisme du 21 avril 2002.
P.-S. : A suivre dans ce blog, au plus tard pour mercredi une analyse plus fine de cette victoire (La Gauche [2]) et pour dimanche une thématique plus large : La gauche face à la pauvreté (La Gauche [3]).
Post-Scriptum 2 : Mais que pense Chourka de tout cela ?
09 novembre 2006
Les USA ou le nouveau facteur démocrate
Par l'obtention de la majorité à la Chambre des représentants et au Sénat, par la victoire aux élections des gouverneurs, les Démocrates ont assuré le grand chelem au mid-term. De cette manière, ils signifient à Bush une singulière débâcle.
Vote sanction sur la "vietnamisation" de l'Irak
Les Etats-Unis entrent dans une nouvelle phase de l'ère Bush, celle de la cohabitation à l'américaine : majorité parlementaire démocrate VS gouvernement républicain. Il s'agit de l'exact scénario opposé de 1994 sous l'ère Clinton (exécutif démocrate VS législatif républicain). Il semble évident, et il l'a confirmé hier soir en conférence de presse, que le président Bush privilégiera la logique de compromis (avec l'opposition) plutôt que la logique de la paralysie de l'Etat (via le droit de veto dont il dispose). A tout le moins on ne peut que l'espérer pour le peuple américain. Il semble encore plus évident que les élections du 7 novembre avaient un parfum de référendum sur l'action républicaine en Irak, celles-ci s'étant concrétisées par le vote sanction que nous connaissons. A ce propos, afin d'envoyer un message positif à ses électeurs, George W. Bush a accepté la démission de Donald Rumsfeld. Cette décision a fait l'objet de longues conversations entre Bush, Rumsfeld et d'autres pendant au moins une semaine. On peut regretter que le Vice-président Dick Cheney n'ait pas emboîté le pas de son Secrétaire à la Défense.
Quelle politique étrangère ?
Selon toute vraisemblance, le financement du maintien des troupes en Irak ne s'arrêtera pas du jour au lendemain. Conformément à leur opposition à la ligne républicaine sur ce dossier, les Démocrates devront échafauder un plan assurant au moins le désengagement progressif des troupes américaines en Irak, selon un calendrier précis (dès fin 2006 ou dès début 2007). Au mieux, mais on ne voit pas comment, à cette initiative les Démocrates pourraient ajouter une tentative de résolution à la quasi guerre civile irakienne que l'action américaine a engendrée. On peut également imaginer que les Démocrates tenteront de favoriser une autre approche sur les dossiers iraniens, coréens et syriens, comprenez celle du dialogue (cf. nucléarisation).
Du point de vue intérieur
Outre les affaires dans lesquelles baignent certains élus républicains : corruption par les lobbies, fraude fiscale, problèmes de moeurs; un autre aspect de ce vote sanction subsiste. Celui des inégalités croissantes aux Etats-Unis s'étant cristallisées dans l'inconscient collectif américain via la catastrophe humanitaire consécutive à l'ouragan Katrina. Aux Etats-Unis, un américain sur huit (36,9 Mio de personnes) est considéré comme pauvre. Quitte à choisir entre la peur d'une augmentation des impôts (argument maintes fois martelé par Bush) et la réduction des inégalités, le vote des américains a penché en faveur de la seconde option. Parmi les mesures sociales prioritaires avancées par les Démocrates durant la campagne, il y a : le relèvement du salaire minimum et la déduction d'impôts des frais universitaires. Pour être complet, il convient de souligner que sous la gouvernance républicaine, les allègements fiscaux n'ont finalement bénéficié qu'à une infime partie de la population (les plus riches) et que les revenus de la classe moyenne n'ont guère augmenté.
La fin du débat centré sur les valeurs morales ?
Alors qu'en France, le débat de la précampagne présidentielle reste centré sur les "valeurs de la République", aux Etats-Unis les valeurs morales semblent avoir cédées beaucoup de terrain sur les problèmes d'ordre internationaux, sociaux-économiques et d'éthique politique. Paradoxalement, les valeurs morales constituaient la première motivation au vote des américains durant les élections présidentielles de 2004. Cela s'explique en grande partie par un recentrage des Démocrates. En effet, ceux-ci ont retenu la leçon en mettant en pratique l'argument suivant : ne pas laisser aux Républicains l'exclusivité de la défense des valeurs morales et par extension celle de la religion. En plus de revendiquer la défense des valeurs chrétiennes traditionnellement républicaines, les Démocrates y ont inclus la lutte contre la pauvreté (aide ton prochain) et la défense de l'environnement. De facto, en appliquant cette règle sur ce terrain, les positions des Démocrates se sont rapprochées de celles des Républicains, laissant ainsi la possibilité à d'autres thématiques de peser sur le vote de mardi. Politiquement, cela s'est traduit par une perte d'audience spectaculaire des Républicains dans la population protestante, particulièrement chez les évangéliques blancs.
Sans préjuger d'une victoire démocrate pour 2008, les résultats du mid-term sont de bon augure pour le parti ayant pour emblème un âne. Peut-on déjà rêver d'un ticket démocrate gagnant Hillary Clinton - Barak Obama ? En cas de victoire, Bill deviendrait-il the First Gentleman ?
29 octobre 2006
Réchauffement climatique
Que d'articles, que de littératures sous la forme de rapports ou d'études, que de documentaires et finalement que de réflexions sur le réchauffement climatique. Aujourd'hui, loin de moi l'idée de faire la somme de ces différentes sources, pour autant, je tenterai d'apporter par ce message mon humble opinion.
Point du tout que j'aime faire dans le catastrophisme, mais la situation est sérieuse et elle pourrait à une date non déterminée (relevant de ce siècle) être grave. Le réchauffement climatique est un état de fait. La température moyenne de la terre a augmenté de 0,8° C en un siècle, ce qui constitue un record. Comme vous le savez, ce réchauffement est principalement dû à l'augmentation des concentrations de gaz à effet de serre, dont le plus incriminé et d'origine humaine est sans conteste le CO2 (gaz créé à la suite de la combustion du charbon, du pétrole et du gaz naturel). Chaque année, 7 milliards de tonnes de carbone sont émis par l'homme vers l'atmosphère. Selon les différents modèles, il est prévu d'ici à 2100 une élévation de 1,4 à 5,8° C de la température moyenne de la terre, non sans implications sur le climat.
Le temps "s'emballe"
Sans vouloir dresser un inventaire exhaustif, constatons les faits suivants. Que ce soit en Alaska, au Groenland, en Arctique ou en Antarctique, la fonte des glaciers est mondiale et scientifiquement prouvée, ayant pour conséquence de pousser les villageois des côtes à envisager un déménagement à l'intérieur des terres. A terme, la fonte des glaciers entraînerait graduellement une hausse importante du niveau des mers et des océans, provoquant ainsi la submersion des îles et des côtes et l'exode de millions de réfugiés vers des terres plus clémentes. La fonte des glaciers pourrait entraîner le dérèglement de la circulation océanique thermohaline. A ce propos, Sylvie Lasserre précisait : "Lorsque de grandes quantités d'eau douce sont injectées dans l'océan – comme c'est le cas en Atlantique nord par exemple, avec la fonte des glaciers – l'eau n'est plus assez lourde pour plonger dans les profondeurs marines et continuer d'alimenter la circulation naturelle de l'océan profond. Le courant ralentit alors jusqu'à s'arrêter, ce qui affecte le climat en provoquant un refroidissement important de l'Europe. C'est une des réactions paradoxales du réchauffement."
Le réchauffement climatique a également pour conséquence la sécheresse, la désertification et il entraîne des vagues de chaleur sans précédent (en Europe, on se souvient encore des étés 2000, 2006 et plus particulièrement de l'été 2003). On lui doit également les modifications de la biodiversité (la fonte des glaces a provoqué au Canada la disparition de 95% des caribous depuis 1961) et le blanchiment du corail.
Attendons-nous le déluge ?
Les signaux d'alerte sont à l'orange, ils vont bientôt virer au rouge et nous (les citoyens comme les politiques) ne faisons presque rien ou pas assez. Quand il sera trop tard, emportés par une catastrophe naturelle, nous n'aurons peut-être pas eu le temps de pleurer ou de réagir.
1°) Une "responsabilisation" individuelle doit s'opérer rapidement. Nous devons changer nos habitudes de consommation, notamment en optant plus souvent pour les transports en commun (afin de diminuer notre consommation de voiture), en diminuant notre consommation de chauffage, de climatisation, de réfrigérateurs,... (personnellement je m'y emploie).
2°) Il faudra une "responsabilisation" collective assurée par l'Etat et relayée au niveau supranational (UE, organisations internationales) visant à remplacer à court ou moyen terme les technologies de carbonisation de l'électricité et des carburants par des technologies plus propres telles que (notamment) le développement des éoliennes et des énergies nucléaires.
3°) Le secteur public et le secteur privé ont tout intérêt à investir en masse dans la recherche de technologies innovantes et permettant de tendre vers moins de pollution, notamment en matière de recherche de carburant alternatif au pétrole et en matière d'invention de véhicules plus écologiques.
22 octobre 2006
Nucléarisation
Ces derniers mois, nous avons vécu des moments plutôt agités sur la scène internationale. La Corée du Nord et l'Iran n'ont eu de cesse de développer au mieux leur programme nucléaire. Ces deux Etats ont une histoire leur étant propre et ils sont situés dans des régions différentes. Les raisons les poussant à tendre vers la maîtrise de la technologie nucléaire ne sont fondamentalement pas les même, malgré certaines similitudes.
La Corée du Nord
La course au nucléaire a toujours été une constante dans l'histoire nord-coréenne. En 1945 (fin de la Seconde Guerre mondiale), la Corée n'est plus sous le joug du Japon. Elle est occupée et elle est partagée entre deux alliés, le Nord pour l'URSS, le Sud pour les USA. En 1948, les deux Etats sont indépendants, le premier est communiste, le second reste proche des Etats-Unis. Une relation pacifique s'installe entre les deux pays jusqu'en 1950, lorsque la Corée du Nord envahit son voisin. Il s'en suit la Guerre de Corée entre 1950 et 1953, au cours de laquelle la Communauté internationale intervient via un contingent majoritairement composé de soldats américains et dirigé par le général Mac Arthur. En 1958, afin de dissuader les nord-coréens d'une nouvelle invasion, les Etats-Unis décident de placer des armes nucléaires sur le territoire sud-coréen. Ces armes ont été retirées en 1991. Donc, c'est à la seconde partie des années 50 que l'obsession du nucléaire "se cristallise" dans la conscience des dirigeants nord-coréens. Entre cette période et la chute de l'URSS, les soviétiques vont aider la Corée du Nord à développer son programme nucléaire. La Corée du Nord ratifie en 1985 le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP). Malgré cela, durant les années 80, cet Etat entreprend avec succès la construction d'un réacteur nucléaire (opérationnel en 1986) produisant du plutonium. En 1989, la Corée du Nord détient une quantité de plutonium suffisante pour créer 2 bombes nucléaires.
Ce n'est qu'en 1992 que l'AIEA découvre que le gouvernement nord-coréen viole le TNP. De facto, en 1993, la Corée du Nord (consciente de son potentiel) annonce son désir de se retirer du TNP. Suite à cela, l'administration Clinton tente de calmer les ardeurs nord-coréennes. Le 21 octobre 1994, les deux parties signent à Genève un accord par lequel la Corée du Nord s'engage à geler son programme nucléaire contre la promesse américaine de doter cet Etat de 2 centrales électro-nucléaires à eau légère (à usage strictement civil) ainsi que la livraison gratuite de pétrole (500.000 tonnes par an). Cela semble augurer la bonne volonté du gouvernement nord-coréen de faire descendre de manière significative la tension diplomatique dans la région. Mais, on ne l'apprendra qu'en 2004, le Pakistan apporte son savoir faire au programme nucléaire nord-coréen. Dès 1995, le directeur du programme atomique pakistanais et créateur de la bombe pakistanaise Abdul Qadeer Khan vendait de la technologie nucléaire à la Corée du Nord, via son laboratoire semi-privé la KHL. Cela dit, les Etats-Unis tardent à remplir leurs promesses. Les républicains majoritaires au Congrès ont freiné des quatre fers l'application de l'accord. Les républicains considéraient déjà l'Etat nord-coréen comme un Etat parrain du terrorisme. Ceux-ci prônaient une politique visant à faire tomber Pyongyang.
En janvier 2002, sous l'inspiration de son ancien rédacteur de discours David Furm, George W. Bush désigne la Corée du Nord, l'Iran et l'Irak comme constituants de l'Axe du Mal ("Etats-voyous" soutenant le terrorisme et possédant ou tentant de posséder des armes de destructions massives). En octobre de la même année, l'administration Bush se fait plus précise en accusant Corée du Nord de développer un programme d'enrichissement d'uranium.
Le 8 octobre de cette année, la Corée du Nord procédait à son premier essaie nucléaire. Le 14 du même mois, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté à l'unanimité, contre ce pays, la résolution 1718, visant principalement à empêcher Pyongyang, à court terme, d'acheter ou de transférer des matériaux nécessaires à la création de la bombe atomique.
Pourquoi la Corée du Nord veut maîtriser la technologie nucléaire militaire ? (1°) Elle la considère comme un instrument de dissuasion contre tout pays (Etats-Unis en tête) qui pourrait être tenté de mener une offensive contre elle. (2°) A moyen terme, elle peut constituer un instrument de négociation en vue d'obtenir une relative légitimité internationale (en n'étant plus considéré comme un Etat-voyou) et (éventuellement) une plus considérable aide internationale; la Corée du Nord étant frappée par une famine récurrente s'expliquant en grande partie par l'adoption d'un modèle économique quasi autarcique de sa création à 2002, année de son ouverture au marché via la libéralisation. (3°)Elle pourrait également permettre de lever les sanctions financières américaines pesant sur elle, sur les présomptions "d'Etat faux monnayeur" pesant sur elle. Selon l'administration Bush, ce serait des centaines de millions de dollars que la Corée du Nord écoulerait via la Banco Delta Asia et la Banque de Chine. Ces présomptions n'ont jamais été prouvées à 100% par Interpol et les experts en faux monnayage. Le meilleur scénario pour la Corée serait d'obtenir un "big deal" prévoyany la fin du nucléaire contre le financement d'un développement humanitaire, économique et technologique lui permettant de rattraper son retard sur ses principaux voisins. A défaut, on risquerait de voir apparaître des situations difficilement gérables. L'une des plus mauvaises étant la vente de leur savoir-faire à d'autres Etats, telle que la Syrie, en quête de respectabilité internationale .
Et l'Iran ?
L'iran a une "manche de retard" par rapport aux nord-coréens. Il a également bénéficié des tuyaux du réseau d'Abdul Qadeer Khan (notamment les plans des centrifugeuses P1 et P2). Selon les experts, avec des centrifugeuses P1, l'Iran disposerait de la bombe atomique au plus tôt en 2008, au plus tard en 2016. Avec des centrifugeuses P2, il l'obtiendrait l'an prochain. Dans le cas où cela se concrétiserait, les sanctions économiques ne seraient guère évidentes à adopter, l'Iran étant le second producteur mondial de pétrole et disposant de la seconde réserve de gaz naturel, il pourrait répliquer par une arrêt de l'exportation de son or noir, ce qui augmenterait le prix du baril de 15 à 20 $. L'Iran aspire à être considéré, via la possession de la bombe, comme la première puissance du Moyen-Orient.
Quel avenir ?
La théorie de l'Axe du mal est un fiasco quasi absolu pour les Etats-Unis. Elle a engendré des situations plus incontrôlables que jamais. C'est tout le contraire que l'administration espérait. L'Irak est au bord de la guerre civile, la Corée du Nord dispose de la bombe, l'Iran semble ne pas plier aux exigences américaines. Au risque de connaître un monde de plus en plus incertain tendant vers un avenir sombre, les USA et la Communauté internationale se doivent de multiplier les phases de dialogues en vue d'obtenir le meilleur "deal" possible, malgré le fait qu'ils aient à traiter avec des régimes bafouant les droits de l'homme.
08 octobre 2006
Populisme de droite
Aujourd'hui je mets en avant un mot à connotation péjorative. Qu'est ce que le populisme ? "Formé savamment (1929) sur le radical latin populus (--> peuple) avec le suffixe isme (...) il désigne plus largement (en arts, en politique) l'importance donnée aux couches populaires de la société" dit Le Robert Historique. Il est défini comme suit dans l'Universalis : "(1) attitude politique cherchant à attirer la sympathie du peuple par des mesures sociales populaires (2) idéologie de certains mouvements politiques se fondant sur le peuple." Dans un propos plus large, il y est précisé : "Le populisme se présente comme une “démarche mythique” en ceci qu’il vise à réaliser aussi bien la purification d’une identité collective que l’abolition de la distance qui sépare le peuple des élites : retour aux racines ou désir de fusion, de transparence; rêve d’immédiateté, et d’immédiation, en tout cas." Le populisme consiste donc à recourir au verbe (allant des idées simples aux propositions bien construites), à l'image ou au geste pour plaire au peuple (ou à la majeure partie de celui-ci), cela à des fins électoralistes, par extension, l'emportant largement sur l'intêrêt collectif.
Ne tournons pas autour du pot. Nicolas Sarkozy est-il populiste ? Assurément ! (1°) Tout d'abord il y a chez lui, paradoxalement, un populisme assumé tout en le reniant véhément. Il aime répéter en off aux journalistes ou à qui veut bien l'entendre : "Aller contre moi, c’est aller contre l’opinion publique." En juin 2005, en ces termes "Le juge doit payer pour sa faute", il critiquait violemment un magistrat ayant accordé la libération conditionnelle d’une personne condamnée à perpétuité pour meurtre, alors que les conditions de la loi étaient strictement respectées par ce magistrat. L’illustration la plus célèbre de son populisme assumé reste sa promesse de "nettoyer au Karcher" la cité de La Courneuve après la mort d'un enfant de 11 ans. Donc (par définition) Nicolas Sarkozy s'inscrit pleinement dans un populisme assumé, tout en reniant son aspect négatif, cela en tentant d’arrondir les angles. Ne disait-il pas à l’Assemblé Nationale, toujours en juin 2005, face à ses détracteurs critiquant ses propos choquant : "Vous voulez être compris des donneurs de leçon, je veux être entendu du peuple ! J'emploie des mots pour être compris de tous. Vous avez dit populisme; je réponds peuple."
(2°) A côté de cela, on a également un populisme médiatique. Il y a bientôt deux ans, j'en parlais ici, sans vraiment stigmatiser son populisme. Nicolas Sarkozy fait tout pour occuper continuellement l'espace médiatique. Un jour on le voit ministre de l'intérieur, le jour suivant on le retrouve candidat en précampagne. Le but est de se faire voir le plus possible, au risque d'avoir parfois des discours contradictoires supposés plaire au plus grand nombre. Cela est un peu la version française de la télépolique berlusconienne, sans la propriété des médias mais avec une forte collusion entre lui et certains grands patrons de presse. Le populisme médiatique ne va pas sans entraîner certains dérapages, comme on a pu le constater dernièrement, avec des opérations policières tournant à la téléréalité et de fait au degré zéro de la communication politique.
Cela étant dit, les propos tenus et argumentés plus haut ne signifient pas que je sois un anti-Sarkozy, même si, bien entendu, je ne partage pas ses idées. Le populisme n'est pas l'apanage de la droite. On peut également le retrouver à gauche. Il est
La ligne rouge entre la bonne foi et le populisme est parfois difficile à établir, mais concernant Nicolas Sarkozy, celle-ci a clairement été dépassée depuis longtemps. De fait, je ne peux que m'opposer au propos de Giscard qui disait dernièrement sur le président de l'UMP : "Il ne faut pas être trop antipopuliste car c'est mépriser les petites gens." Elles "ont le droit d'avoir des opinions et il faut savoir les prendre en compte." L'opinion du peuple face aux problèmes qu'il vit doit compter, doit être relayée et elle doit susciter des réponses appropriées. C'est un devoir, voire une obligation du politique. Mais l'opinion du peuple ne doit pas constituer le principal baromètre de l'action politique, sous peine d'avoir une gouvernance basée sur une vision à court terme, largement guidée par l'émotion collective (décryptée par les sondeurs) et entraînant le règne du pathos. quasi traditionnel à l'extrême droite.
04 octobre 2006
Brésil ou le nouveau pacte socio-économique
Il y a des "retournements" économiques spectaculaires qui relèvent du succès et qui peuvent vous assurer une relative popularité. Des "retournements" économiques dont les recettes semblent pour certains impossibles ou, à tout le moins, difficiles à réaliser. Lula est de ceux à avoir accompli pareils résultats.
Il a réussi à stabiliser l'économie brésilienne. Au terme de son mandat présidentiel, la politique menée par Lula a permis de"maîtriser" l'inflation, d'assurer le remboursement de la dette de l'Etat au FMI, de faire baisser le chômage de 1% (en passant de 11,7% à 10,7%) ce en créant 4,5 millions d'emplois, d'augmenter considérablement le salaire minimum en le triplant (il est actuelle fixé à 150€), de faire baisser la pauvreté chez les plus pauvres principalement via le programme bourse famille. Son mécanisme est simple et on se demande pourquoi on n'y a pas pensé plus tôt. 11,1 millions de foyer bénéficient d'une aide financière globalement chiffrée à 3 milliards €. Concrètement, chaque mère de famille (dont le budget n'excède pas 43 €) gère en moyenne* 22 € par mois pour permettre à chacun de manger 2 ou 3 repas par jour, ce qui n'était pas possible auparavant. Ces programmes sont financés par des subventions de l'Etat, les organismes internationaux et les entreprises privées.
Comment Lula en est arrivé à améliorer les conditions de vie de la population brésilienne ? Quelle est sa recette. C'est un mélange de rigueur budgétaire (prônée par le FMI et acquiescée par l'OCDE, c'est-à-dire serré, sans excès dans les dépenses) et une politique sociale volontariste (caractérisée par une augmentation des dépenses sociales, politique prônée par tout bon parti de gauche qui se respecte), à laquelle vous ajoutez un facteur incontrôlable qu'est la bonne tenue de la conjoncture mondiale. Lula a créé un nouveau pacte socio-économique. Le résultat est intéressant. Pour autant, les défis reste nombreux (lutte contre l'analphabétisme, amélioration des conditions des pauvres,...) et la croissance économique du Brésil ne dépassera pas les 3% cette année (surprenant si l'on compare à d'autres pays émergents tels que la Chine avec ses plus que probable 10% de croissance pour 2006). Doper la croissance brésilienne tout en établissant une société plus égalitaire sera le cap prioritaire de Lula !
* Afin de favoriser la scolarisation des enfants, l'allocation attribuée varie entre 15 et 34 € par mois en fonction du nombre d'enfants envoyés à l'école.
P.-S. : Un nouveau (quoi que, il est blogueur depuis plus longtemps que moi et il doit certainement être mon aîné de quelques années ou mois ?) dans mes liens blogs, à défaut de connaître son prénom, on se contentera de Chourka.
02 octobre 2006
Les belges ont peur ?
Loin de me soucier du come-back post-mortem de Bourdieu considérant Ségo comme étant de droite (étrange non ???), moins loin de me soucier du sort du Brésil (je traiterai de ce pays d'un point de vue économique ou de politique économique mercredi), que se passe-t-il dans le plat pays ? La Belgique a peur, ou plus exactement les belges ont peur. Ils sont craintifs. Ces derniers temps on en parle, comme pour mieux l'extérioriser. Dimanche nous voterons et une fois n'est malheureusement plus coutumes depuis quelques années, nos yeux se tourneront d'abord sur les résultats de la ville d'Anvers. Cette dernière est actuellement dirigée par une coalition regroupant les socialistes (SP.A), le centre-droit (CD & V) et les libéraux flamands (VLD). Cette coalition fait barrage au puissant parti d'extrême droite le Vlaams Belang (condamné pour racisme par la Cours de cassation) crédité de 33% il y a 6 ans pour les élections du même ordre et de 34,88% pour les régionales de 2004. Les derniers sondages indiquent un score entre les deux pour 2006. Cela n'est guère réjouissant, voire franchement inquiétant. Les leçons du passé ne sont-elles pas censées servir ici comme ailleurs !?
28 septembre 2006
Jospin s'en va (bis repetita)
C'est l'info du matin, celle qui m'a plus ou moins fait sursauter du lit car elle est quasi théâtrale : Lionel Jospin abandonne dans la course à la candidature. C'est certainement l'un des événements majeurs de la précampagne. Celui que j'estimais intellectuellement comme le plus intéressant des candidats à gauche jette l'éponge. Rarement j'aurais vu en précampagne un épisode à la fois intense médiatiquement et en terme de réflexion apportée par cet ex-candidat que politiquement crépusculaire. Moi qui le voyais rassembler autour de lui par le désistement de certains candidats, c'est raté.
Cela alors qu'on ne le voyait pas venir. Ségolène Royal parlait de machine à perdre en ces termes :
"C'est à se demander si certains n'ont pas envie de perdre, si la machine à perdre n'est pas déclenchée. Donc il va falloir être fort, nous, les militants socialistes qui avons envie de gagner."
Il semblerait que même cela n'ait pas vraiment pesé sur la réflexion de Jospin. A priori, il se serait rendu compte que (1°) il ne pèserait pas dans les débats (2°) faute d'avoir créé une dynamique, la débâcle lui semblait assurée lors du vote des militants désignant le candidat socialiste, le 16 novembre.
Même s'il reste un mois et demi, au regard des sondages étant pour l'instant plus que favorables à Ségolène Royal, des différents ralliements à sa candidature (les grandes fédérations socialistes lui semblent acquises et Pierre Mauroy devrait lui annoncer son soutien aujourd'hui) ce n'est pas la machine à perdre qui est déclenchée, mais bien une toute autre machine, le rouleau compresseur Royal qui tourne à plein régime. A moins d'une union des autres candidatures (et encore ?), ou d'un sérieux dérapage de la candidate (peu probable !), la victoire au PS lui semble assurée.
P.-S. : Ségolène Royal à gauche, Nicolas Sarkozy à droite, cela n'est guère réjouissant.
24 septembre 2006
Au Darfour l'enfer est une réalité
C'est dans une région du plus grand pays d'Afrique que se déroule l'un des plus grands drames du continent. Le Darfour (région du sud-ouest soudanais, 6 millions d'hab., grande comme la France) est en proie aux pires atrocités que l'humanité puisse connaître, cela dans une inertie de fait de la communauté internationale. Cela semblerait inconcevable au 21ème siècle, mais depuis février 2003, les habitants du Darfour tentent de survivre au rythme quotidien des massacres dans la populalion, des viols (des femmes dès leurs 8 ans) utilisés comme arme de guerre, des empoisonnements des puits, des pillages de troupeaux, des pillages et des incendiés de villages. Le bilan "comptable" est un crève-coeur et il choque les esprits : 300.000 morts, 2,4 millions de personnes (dont la majorité) déplacées à l'intérieure des frontières soudanaises et (pour la minorité) réfugiées au Tchad !
Quel est le facteur déclenchant de cette triste situation de fait ?
Une profonde remise en cause du leadership de Khartoum. Cette contestation de l'autorité gouvernementale soudanaise connaît un précédent. En effet, le Soudan a été ravagé par une deuxième guerre civile* longue de 20 ans (1983-2003) entre le gouvernement soudanais situé au Nord (à dominance musulmane) et les sécessionnistes sudistes à dominance chrétienne et animiste. La cause principale de ce conflit fût la revendication par les sudistes d'un partage équitable des nouvelles ressources pétrolières découvertes au sud du pays et la cessation de l'interventionnisme de l'Etat dans l'organisation du Sud (Khartoum le divisa en trois provinces, chacune dirigé par un gouverneur choisi par le chef de l'Etat). Cette guerre a coûté la vie à 2 millions de soudanais. Cette guerre pris fin en 2003 via un accord entre les parties garantissant un partage équitable du pouvoir et des ressources (notamment pétrolières, hydrauliques et agricoles).
En février 2003, deux mouvements rebelles du Darfour s'opposent à Khartoum. Ceux-ci, s'estimant mal associés au partage des richesses, décident de prendre les armes pour défendre son indépendance. Depuis trois ans, ils sont opposés à l'armée soudanaise et aux milices arabes djandjaouids.
Le droit d'ingérence
Le 31 août 2006, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté la résolution 1706. Celle-ci vise à assurer le déploiement d'une force de maintien de la paix de 17.300 hommes à partir du 1er octobre. Cette résolution ne peut être appliqué qu'avec l'accord tacite du gouvernement soudanais. Ce dernier s'est opposé à ce déploiement. Le gouvernement américain estime que le mandat de protection des civils doit prévaloir sur l'accord de Khartoum. Considérant que la situation est trop grave et que la communauté internationale a trop tardé à agir, l'argument américain me semble pertinent. Le droit d'ingérence est dans ce cas précis plus que justifié. Au Darfour, le prolongement de la mission de l'Union africaine ne suffira pas à mettre fin à cette tragédie soudanaise.
* La première guerre civile ayant eu lieu entre les mêmes parties de 1956 à 1972.
19 septembre 2006
AMLO m'a planté !
Le rappel des faits se trouve dans ce blog et je vais finir par croire qu'il a des accents mexicains ! Crois bien, cher lecteur, que je n'aurai pas aimé (plus exactement je n'aurai pas pensé) revenir sur ce triste événement se déroulant au Mexique, mais AMLO m'y contraint.
Le Mexique disposait déjà d'un nouveau président élu en la personne de Felipe Calderon et d'un autre président en fin de mandat (expirant le 1er décembre) Vicente Fox. Comme si cela ne suffisait pas, depuis le samedi 16 septembre, un troisième président de la République a été désigné : AMLO (entrant en fonction le 20 novembre, date anniversaire de la révolution mexicaine de 1910) ! Plus exactement, il s'agit d'une autoproclamation confirmée via le vote d'une convention nationale réunissant des centaines de milliers de sympathisants d'AMLO.
Je me suis réjouis un peu trop vite lundi dernier ! Plus triste que moi est une bonne partie des mexicains. Le pays est coupé en deux. AMLO promet à son alter égo Calderon une "résistance civile pacifique", notamment via le boycott des entreprises ayant soutenues Calderon dans sa conquête du pouvoir et des manifestations contre des propositions de loi ou des projets de loi n'ayant aucune grâce à ses yeux. La révolution ne s'arrête pas là. AMLO formera prochainement un gouvernement parallèle. Il veut créer, à terme, un parti capable de faire modre la poussière à la droite lors des prochaines élections présidentielles. Il a également promis de sillonner le pays afin de présenter au peuple son autre projet de gouvernance.
AMLO est-il un mauvais perdant ? Assurément ! Même si tout le monde comprend son désir de défendre les classes populaires, rien ne justifie un pareil comportement. Sans vouloir tomber dans le catastrophisme, en tenant compte de la situation sociale* actuelle, AMLO n'a aucun intérêt à dépasser la ligne rouge qu'il s'est fixé dans son combat, celle de la résistance pacifique. S'il ne s'y tenait pas, une bombe sociale à retardement risquerait d'exploser.
* A titre illustratif, dans ce pays de 107 Mio d'habitants, 3,1 des revenus sont entre les mains des 20% les plus pauvres. Fatalement, l'exemple contraire n'est guère glorifiant. 59,1% des revenus sont concentrés entre les mains des 20% les plus riches (souce PNUD 2005).







